LA CAMPAGNE DE SOUSCRIPTION POUR LA CRISTALLISATION/CONSOLIDATION DE LA CANTINE DU PORT DE SALAU SE POURSUIT. N'HESITEZ PAS A NOUS CONTACTER

vestiges de la cantine
vestiges de la cantine

voici un lien pour visionner le magnifique travail effectué par Noemi Riudor sur le site de Bonabé. A partir des cartes postales anciennes et des friches existantes sur le site, elle met en perspective le fameux chantier de transport du bois de Matussière et Forest.

 

http://t.co/4QXUH2r9

 

L'INDUSTRIE PAPETIERE:   L'AVENTURE DU BOIS SALAU-BONABE(1900-1925)

 

Origine de l'entreprise "papeteries de Lédar (Ariège)

  Monsieur Louis MATUSSIERE, habitant MODANE, y fut de bonne heure en relations très amicales avec Monsieur Paul HEROULT, inventeur méritoire de la fabrication de l'aluminium par voie électro-métallurgique et qui, après les modestes essais de la première usine de production à FROGES (Isère) présida brillamment à la conception et à la construction de la puissante Usine de LA PRAZ près de MODANE.

 

         Monsieur HEROULT, très répandu dans le monde de l'électricité, mît en rapport M. Louis MATUSSIERE avec M. Léon HULIN, qui venait d'inventer l'électrolyse par voie sèche du sel marin avec production simultanée de soude caustique et de chlore. C'était une révolution qui pouvait détrôner les procédés SOLVAY.

 

         Après les expériences de laboratoire, qui avaient donné des résultats prometteurs en faveur de l'invention de M. HULIN, on décide d'installer à MODANE une petite usine annexe de la papeterie, mue par une turbine de 120 CV. Les résultats obtenus au bout de peu de temps, vers 1895, parurent si concluants aux industriels avertis et aux capitalistes informés que l'on créa une puissante société au capital de 5/6 millions (or) et on s'embarque à édifier aux CLAVAUX, près de RIOUPEROUX, une puissante usine Hydroélectrique d'environ 10 000 CV, sous le nom "LES SOUDIERES ELECTROLYTIQUES".

 

         La mise au point d'une telle unité s'avéra tout de suite assez laborieuse et il fallut constater qu'il y avait loin entre une usine d'essai à MODANE, disposant de 120 CV et la mise au point des fours puissants pouvant absorber l'énergie considérable de la nouvelle usine, dont le Conseil d'administration prit très rapidement peur.

 

         Une vraie cabale s'en suivit, on débarqua M. HULIN et on priva brutalement, par voie de conséquence, MM. MATUSSIERE Fils et FOREST du bénéfice très légitime de leurs parts de Fondateurs, malgré leur offre généreuse d'installer aux CLAVAUX et à leurs frais, une fabrication simple et rénumératrice de carbure de calcium, utilisant la moitié approximative de la force hydraulique, en laissant le reste disponible à la mise au point du procédé HULIN. Rien n'y fit et la mort dans leurs âmes, les promoteurs durent tout abandonner.

 

         M. HULIN put trouver par la suite, aux usines de VALLORBES (SUISSE) une firme avisée, qui lui fournit la possibilité de mettre au point son invention.

         Toute cette digression sur la soude électrolytique est nécessaire pour arriver plus loin à la conception de l'usine de LEDAR (ARIEGE) autre fleuron de la couronne MATUSSIERE et FOREST.

         La fabrication de la soude par voie sèche, procédé HULIN, avait donné lieu à de tels espoirs que, sans désemparer, on avait cherché dans le monde une situation géographique offrant les conditions optimum sous les rapports force hydraulique, sel, charbon. la Duchesse et avec les villages, ce qui fut fait, non sans de nombreuses difficultés.

 

         Il ne fallait pas songer à sortir les bois du côté espagnol, car la forêt se trouvait à 70 kms environ d'une bonne route carrossable et encore plus éloignée de tout chemin de fer. Du côté français, le problème était ardu, la base de la forêt se trouvant à 1400 m d'altitude et le passage de la frontière à 2200 m du col de SALAU (ARIEGE) alors que la route française aboutissant en terminus au petit village de SALAU était à 800 m. La distance à vol d'oiseau, entre la base de la forêt et SALAU, évaluée à 9 kms environ avec passage obligatoire par le Col.

 

         A cette époque (1899-1900) les installations de transports par câbles aériens étaient assez peu connues. Il fallut que M. MATUSSIERE fasse le voyage en Transylvanie pour en juger et se rendre compte que le problème pouvait se résoudre par transport aérien avec deux câbles-porteurs et un tracteur sans fin, en passant nécessairement par le Col. On invite à l'étude de ce difficile problème la maison TESTE de LYON, spécialiste de ces travaux et qui se déclare compétente pour l'exécuter.

 

         On se met à l' oeuvre avec enthousiasme et parallèlement, on aménage, dans ce désert de BONABE, les habitations pour le personnel, une scierie hydraulique, la station de départ du câble; au col: la station de réception et de rembarquement des bois, à PEZEROUZE, une autre station angulaire et enfin à SALAU même, la station de réception définitive, puis on construit la râperie devantfonctionner sous les deux chutes conjuguées, SALAT et COUGNETS, de 140 m chacune, et on attend la mise en route du câble, dont l'installation se poursuivait de son côté.

 

         Hélas, on essaye en vain de faire démarrer ce fameux câble, base de toute l'affaire; il n'obéit pas. C'était une menace de paralysie et l'on constate avec stupéfaction qu'au lieu d'exiger un frein ou de produire de la force, puisque la partie en descente l'emporte de 600 m d'altitude, il faut au contraire lui infuser de l'énergie électrique apportée à grand frais au Col et produite à la scierie de Bonabé.

 

         La carence de la maison TESTE oblige à un procès, que l'on perd en première instance, malgré l'évidence de l'échec. Fort heureusement, en appel, il est désigné trois experts pour éclairer la cour. Tout ceci prend énormément de temps, un temps précieux, la Caisse MATUSSIERE et FOREST saignait par toutes ses veines et le danger devenait angoissant car le procès n'en finissait pas, le constructeur essayant en vain de galvaniser son oeuvre. Bref, on piétinait, lorsque M. Régis IMBERT, Ingénieur de l'école polytechnique, beau-frère de M. Louis MATUSSIERE, Directeur de l'entreprise, réussit à induire la maison TESTE à accepter le verdict d'une autorité reconnue et incontestable, car il fallait en finir. Cette autorité, devant laquelle les deux parties devaient s'incliner et que M. IMBERT eut l'habileté consommée d'intéresser à ce problème ardu, ne fut autre que le grand savant mathématicien Paul PAINLEVE, qui séjourna sur place le temps voulu, vérifia calculs et plans, ordonna un certain nombre de modifications, tant et si bien que la câble put enfin être mis en marche à débit limité car il présentait trop de défauts et d'erreurs impossibles à corriger.

 

         M. PAINLEVE trouva une aide précieuse sur place dans la personne de M. Charles CHAUMAT, engagé par la société MATUSSIERE et FOREST comme Chef des Travaux et qui se consacre sans compter à cette oeuvre ingrate, dans un pays particulièrement très dur. Le câble en activité, c'était par répercussion si attendue, la mise en route de la râperie de SALAU. Etait-ce enfin la Victoire? Pas encore La pâte produite boude à la vente, fabriquée avec les premiers sapins abattus, qui s'étaient avariés au cours des années de péripéties engendrées par le procès. Et l'on se rend compte assez vite que la solution souhaitable consistait à fabriquer du papier. On se met en quête, on cherche à louer une papeterie, on envisage successivement une entente avec SAINT-MARTORY (usine BATHIER) puis avec POURLANDE (usine BERGES), les pourparlers échouent, heureusement, a-t-on pu dire par la suite et surtout aujourd'hui.

 

         Bref, voici que M. IMBERT, bien inspiré, entame et réalise une entente avec M. Charles FOCH, Propriétaire à LEDAR (ST-GIRONS) d'une ancienne papeterie arrêtée, disposant aux portes de la ville, non loin de la gare, d'une chute d'environ 3,80 m sur le LEZ, affluent du SALAT.

 

         On achète cette usine avec quelques dépendances et beaucoup de terrains attenants, on se met à l'oeuvre en créant une usine moderne avec un matériel de choix, une machine de 2,400 confiée à la maison L'HUILLIER- PALLEZ de VIENNE et on fabrique du papier en 1908, la pâte mécanique descendue de SALAU par camions.

 

         Quelques années après, la forêt de BONABE étant épuisée, la râperie à SALAU n'ayant plus de raison d'être, on descend le matériel à LEDAR, en installant une râperie modernisée, trouvant de la force électrique, pendant quelque temps, par l'usine sise sur le LEZ supérieur, à ARROUT, créé pour le service d'un tramway de ST-GIRONS à CASTILLON, ce qui laissait un disponible satisfaisant aux besoins moyens de la râperie jusqu'au jour où celle-ci fut actionnée par le réseau général des PYRENEES.

 

         La chute d'ARROUT ainsi que celles réalisées à SALAU pour la râperie, sur les torrents le COUGNETS et le SALAT, ont été cédées contre des actions d'apports et un contrat de force motrice à l'UNION PYRENEENNE ELECTRIQUE;

 

         Pendant tout ce temps, on ne cesse de perfectionner le matériel des PAPETERIES DE LEDAR (atelier de réparations, calandre, bobineuse, chaudières, meuleton). On édifie de vastes magasins, on modernise la machine, on augmente la production, tout ceci sous la vigoureuse impulsion de ses dirigeants.

 

         Actuellement même, se trouve en voie d'achèvement le gros oeuvre entrepris, malgré la guerre mondiale, et on devine quelles énormes difficultés techniques, administratives et financières il a fallu vaincre pour arriver au but, c'est à dire apporter à l'usine même l'énergie fournie par une chute de près de 40 m sur le LEZ, aménagée par un barrage vers MOULIS, un canal partiellement souterrain, une conduite forcée de 2 m de diamètre et une centrale disposée près de la papeterie et qui pourra y fournir bientôt 4000 CV sans compter la suite puisque prévue pour débiter 10 m cube seconde.

 

         L'avenir de cette usine est donc en bonne voie.

 

 

Rédigé par Monsieur CH; CUZIN Directeur de l'Usine Matussière et Forest, de DOMENE,1896-1934.

 

 

 

L'INDUSTRIE PAPETIERE

L'Aventure du bois (suite)

 

         Dans le premier numéro d'Aspic nous avons relaté, les origines de l'Aventure du bois: Salau/Bonabé 1900-1920.(titre donné à une exposition de reproductions de cartes postales effectuée au Club du Mont Rouch à Salau en 1989).

Beaucoup de choses ont été écrites dans la littérature locale par Alain Bourneton dans son livre: Grands Ports des Pyrénées et par Geneviève Durand Sendrail dans "huit siècles d'histoire à Salau". Aussi, tout en reprenant les éléments essentiels sur la mise en route de ces grands travaux (pour ceux qui ne connaîtraient pas l'histoire) nous apporterons des éléments nouveaux puisés dans les archives des journaux ou transmis oralement par la mémoire collective.

Donc, après un contrat passé avec la duchesse de Medina Coeli propriétaire du bois de Bonabé et les habitants d'Alos et d'Isil usagers de la forêt, la Société Matussière et Forest entre dans une période de grands travaux. Un porteur aérien à trois câbles de 9,3 kilomètres est installé entre le village de Bonabé situé à 1400 mètres et le village de Salau situé à 850 mètres avec un passage à 2000 mètres au Port de Salau. Ce câble est supporté par 91 pylônes en coeur de chêne ou en fer. Selon des sources d'archives, (de la station de chargement de Bonabé à la station angulaire du Port de Salau) (cantine) on compte 40 pylônes dont cinq seulement en fer. Les cinquante et un autres devaient relayer le Port de Salau au village du même nom. Les pylônes en bois pouvaient varier de 6 mètres à 16,5 mètres, ceux en fer de 18 à 28 mètres. Les bois transportés avaient une longueur de 12 mètres et un mètre de circonférence minimum, pour atteindre 0,20 mètres de côté après écorçage et équarissage. Le poids d'une seule charge atteignait en moyenne une tonne et la durée du transport entre Bonabé et Salau était d'environ 1 heure 10.

         Selon, toujours les mêmes sources 120 tonnes transitaient par journée de 10 heures, soit 24 000 tonnes par année (moyenne de 200 jours en tenant compte des chômages forcés, notamment en période hivernale). Il n'est pas étonnant qu'à ce rythme là la forêt de Bonabé a été épuisée au bout d'une dizaine d'années d'exploitation.

         Il existait donc une station d'embarquement à Bonabé et une station d'arrivée à Salau (sur le lieu dit la illa) où sont actuellement situées les résidences d'Anglade et plus particulièrement le Club du Mont Rouch et deux stations intermédiaires, celles du Port de Salau qui servait aussi d'habitation et de cantine aux ouvriers et permettait le contrôle douanier, et celle de Pézerouze, beaucoup plus perdue dans la végétation, dont on peut apercevoir l'hiver, les assises et un petit peu plus haut, un magnifique pylône en coeur de chêne quasiment intact.

         Pour faire fonctionner la râperie située au coeur du village à l'emplacement de la centrale EDF, un canal d'amenée d'eau de 1,200 km a été construit ainsi qu'une une chute de captage de 130 mètres pour fournir l'électricité nécessaire au fonctionnement des diverses installations. De même les eaux des sources du Salat on été captées et une deuxième conduite forcée est mise en place. Le bureau des douanes est transféré de Couflens à Couladous.

         Cette industrie fonctionna bon an mal an jusqu'en 1920 en raison notamment de l'usure du câble, de la mobilisation de travailleurs pendant la guerre de 14-18 et nous l'avons signalé plus haut à cause de l'épuisement de la forêt. La râperie est donc arrêtée, transférée à la Société de lédar en 1917, les installations hydroélectriques sont rachetées par l'Union Pyrénéenne électrique et par la suite Electricité de France; les parcelles sont vendues aux particuliers.

         Cette manne industrielle a permis un développement considérable de Salau qui a eu un bureau de recette auxiliaire rurale des Postes (le seul en Ariège à l'époque) ainsi que l'installation du télégraphe. En Novembre 1902, la société Matussière et Forest s'engage pour la prise en charge de tous les frais pour l'installation de la ligne Salau-Couflens (coût 650 F). Elle intervient également dans la vie sociale. Elle procède à l'agrandissement du cimetière de Salau par l'achat d'un terrain contigu en Décembre 1901; elle permet la création d'une boulangerie coopérative qui voit le jour en 1907

         Par ailleurs, la Société offre pour l'année scolaire, deux livrets de caisse d'Epargne de 10F chacun "aux deux garçons les plus méritants". Sans doute les filles n'avaient-elles aucun mérite?

Sur le plan de l'animation, on peut lire dans le Réveil du Saint-Gironnais de 1916, l'annonce d'une soirée Serbe(sic). Sans doute faut-il faire un lien avec les déplacements qu'avaient fait les ingénieurs de la Société lors des difficultés de fonctionnement du câble, puisque l'histoire note qu'ils firent un déplacement en Transylvanie. Ce n'est pas tout de même très près de la Serbie. Le mystère reste entier, tout comme la présence de "Russes" comme l'indique un libellé de carte postale.

En 1911, la section de Salau, devenue largement industrielle, sous la formidable impulsion de la Société Matussière et Forest, demande à être séparée de Couflens et dépose un projet d'érection en commune autonome, le projet a été rejeté par 7 voix contre trois (cf copie de la session).

Quand à Bonabé, c'est un véritable village qui voit le jour avec la construction de châlets, d'une chapelle. Un marché hebdomadaire se tient pour permettre l'approvisionnement des familles. Aujourd'hui il ne reste plus rien de ce village construit en bois, celui-ci aurait été détruit par un incendie dès 1925.

En 1989 nous avions rencontré Mr Barthélémy Gabarre (âgé de 90 ans) il nous racontait que son père était chef d'équipe dans la société. Sa mère et frères et soeurs habitaient Salau l'hiver et rejoignaient leur père l'été. Il se souvient que la famille Matussière et Forest passait ses étés à Bonabé où il existait même un hôtel qui fournissait des produits d'épicerie.

La majeure partie des ouvriers était d'origine espagnole, mais il y avait aussi des italiens réputés pour leur force et leur endurance au travail et des français. Barthélémy se souvenait aussi que le Docteur Dégeilh de Seix montait à cheval soigner les malades à Bonabé.

 

Aujourd'hui à Salau le démantèlement de tous ces grands travaux a été entrepris sous prétexte de fin de concession. Le découpage de la conduite forcée du Cougnets, la destruction du canal et le démontage des machines ont été effectués de façon scandaleuse et de concert entre les différentes institutions, Direction de l'environnement, EDF, etc....A cette époque là on ne parlait pas d'aménagement du Territoire, on le faisait.

                                                                                                                   Annie RIEU

 

L'AVENTURE DU BOIS (suite)

 

Nous continuons cette rubrique avec pour ce numéro, un témoignage d'une de nos adhérentes qui a vécu à la Station du Port de Salau pendant six ans (de l'âge de 2 ans à 8 ans) avec sa famille. Son père étant chef de la station. Elle nous a envoyé un témoignage inédit d'un jour de fête au Port de Salau à l'occasion du baptême de sa jeune soeur. Nous la laissons raconter:

Un dimanche d'Août 1919, nous avons vécu, parents et amis réunis un vrai jour de fête au Col de Salau: celui du baptême de ma soeur prénommée Victorine comme la fille de mon institutrice et Isabelle comme sa marraine.

Vers Midi, grand branle-bas: les invités arrivaient par petits groupes, de Bonabé, d'Isil, de Salau. Bientôt ils étaient tous là, sauf un...et quel absent! le curé! Il arriva enfin à dos de mulet, venant de Salau où il avait dit une messe avant la montée au Port.

La cérémonie du baptême eut lieu en plein air; le ciel ce jour là se montrait clément. Une pierre plate séparée en deux par un sillon creux, avec de part et d'autre un F et un E indiquait la frontière. Bien emmitouflé le bébé reçut l'eau bénite et le sel au dessus de la borne, la tête en Espagne, les jambes en France. Un symbole pour une famille espagnole naturalisée française.

Un bon repas fut servi ensuite, on chanta, on dansa au son d'un phonographe à pavillon mauve. Quelques bergers d'Aréou et de Pouilh s'étaient joints à la fête. Un peu plus tard arriva, suivi de son chien, mon ami, M. berger espagnol, un peu naïf je pense, mais calme, serein. Il venait boire un verre de vin à la cantine, de temps en temps, et chaque fois il tirait pour moi, de sa besace un morceau de pain de seigle. Et je savourais ce pain de M. à l'arrière goût de lard rance.

Ce dimanche là, notre curé échauffé par les vapeurs d'alcool (escarchado et moscatel) eut l'idée douteuse d'une mise en scène: mariage de M. et M. une jeune fille de Salau. Du haut de mes six ans, je les regardais, étonnée, agenouillés sur la pierre plate l'un sur le E, l'autre sur le F- chacun chez soi!- et l'officiant debout, devant eux prononçant des paroles incompréhensibles. Que se passa-t-il ensuite? Je ne sais pas, mais le berger se fâcha, avec force gesticulation. Et les invités de rire! Papa, toujours arbitre dans les coups durs, le raisonna, l'apaisa et le reconduisit assez bas dans le sentier muletier de Bonabé. Je trottinais derrière eux. Tout à coup, M. s'arrêta, prit sa tête dans ses mains, versa des larmes amères et sans un mot, tête basse, il reprit le chemin des montagnes de Serbi; son chien ami fidèle, ne le quittait pas.

Là-haut, la fête continua tard dans la soirée. Après bien des remerciements, des promesses, des accolades, Français, Catalans et Italiens se séparèrent. Muni d'une lampe-tempête, chacun s'éloigna vers le Haut Salat et vers le Haut Pallars. Quelle langue les avait fait s'entendre! leur "saber" sans doute!

Et la Station reprit son silence et son immobilité dans une belle nuit d'été.

 

                                    Geneviève Pujol-Boebion.